Comment cohabiter avec des inconnus
- Carole Brochard
- 28 juin
- 3 min de lecture

C’est le titre d’un des chapitres du livre « Comment nos maisons nous construisent » de Maïlys Dorn, architecte d’intérieur et fondatrice de l’école H.O.M.E (Habite et Optimise Mon Espace). Elle forme à une architecture d’intérieur pertinente, combinant maîtrise de l’espace et connaissance de l’humain.
Elle aborde l’habitat partagé sous l’angle de l’aménagement d’espace : comment partager une cuisine à plusieurs, avec chacun sa notion du « propre », comment concevoir une salle de bains à partager, pour utiliser simultanément la douche et le lavabo en toute intimité.
Spoiler : proposer, comme au camping, une cabine de douche fermée avec petit banc pour poser ses affaires, ce qui permet de rentrer et de sortir habillé(e) de l’espace douche, sans passer à moitié nu(e) devant ceux qui se lavent les dents ou se rasent devant le lavabo.
Surtout, elle a complètement saisi la différence entre colocation et chambres meublées.
« Parfois les locataires se choisissent en amont, parfois ils se rencontrent quand ils emménagent. Et le type de bail change tout. »
Le bail collectif, encadré au Luxembourg par la réforme du bail à usage d’habitation de juin 2024, qui introduit la notion de colocation, serait davantage destiné à un groupe d’amis constitué, qui se partagent la maison. Chacun se connaît et peut potentiellement entrer dans la chambre d’un autre (non verrouillée) en cas d’évacuation. Cela change tout au niveau des exigences en termes de sécurité incendie, par rapport à un statut de chambres meublées avec bail individuel. Dans les faits, les colocations sont rarement constituées par des groupes d’amis. Les locataires sont recrutés par le gestionnaire, le propriétaire ou les colocataires résidant sur place, qui se choisissent un remplaçant en cas de départ d’un précédent occupant.
Le bail individuel, qui correspond au statut « chambres meublées », fait cohabiter des individus qui ne se connaissent pas. Ils n’ont pas toujours choisi un mode d’habitat partagé pour les bonnes raisons. La crise du logement qui sévit au Luxembourg pousse les personnes qui veulent y vivre à parfois se tourner vers l’habitat partagé faute d’avoir pu louer un appartement individuel. C’est là qu’il est important de donner un coup de pouce pour que les liens se tissent. Chez MyColoc, chaque nouvel arrivant est accueilli par un drink de bienvenue, permettant de faire connaissance avec les autres. Parfois la greffe prend et cela crée de belles histoires (certains de nos anciens colocs continuent à se voir alors qu’ils ont quitté la coloc depuis 10 ans !), parfois pas et ça part en conflit qu’il faut gérer en faisant respecter des règles de vie en communauté. Le « vivre ensemble » n’a rien d’évident, surtout au Luxembourg où les cultures s’entrechoquent.
Du point de vue d’une architecte d’intérieur, la différence entre colocation et chambres meublées se joue en termes de proportion de l’espace accordé aux parties privées ou aux espaces partagés.
« Plus les colocataires se sont choisis, plus les espaces collectifs sont importants. A contrario, dans les logements où les colocataires sont choisis par le bailleur, ce sont les espaces individuels qui deviennent prioritaires. », comme l’écrit Maïlys Dorn. En résumé, petites chambres et grand salon pour une colocation, l’inverse pour des chambres meublées, ou chacun aura plus tendance à rester dans sa chambre.
C’est vrai en théorie. Dans les faits, ce n’est pas l’organisation de l’espace dans la maison qui va déterminer si on en fera une colocation ou des chambres meublées, mais la structure même du bâti : pour passer en chambres meublées la maison doit changer d’affectation, ce qui suppose une démarche auprès de la commune et le respect du règlement sur les bâtisses.
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Maïlys Dorn — Comment nos maisons nous construisent. Parcours et réflexions d'une architecte d'intérieur au service des habitantsEyrolles, juin 2026




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